COVID-19
COVID-19 et patients immunosupprimés INESS (8 avril 2022)

COVID-19 et patients immunosupprimés INESS (8 avril 2022)

COVID-19 et patients immunosupprimés

La recension de la littérature effectuée par l’INESSS vise à définir les clientèles généralement considérées comme étant immunosupprimées et à risque plus élevé de complications liées à la COVID-19 dans une perspective de meilleure prise en charge clinique par le réseau de la santé et des services sociaux. Les restrictions et mesures à mettre en place pour les travailleurs pouvant présenter ces conditions, de même que les aspects liés à la vaccination de ces personnes, sont pour leur part établis par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Basé sur la documentation scientifique disponible au moment de sa rédaction et sur l’opinion des cliniciens consultés, malgré l’incertitude existante dans cette documentation (notamment le fait que les données disponibles ont été recueillies avant la vaccination et l’émergence du variant Delta du SARS-CoV-2) et dans la démarche utilisée de recension, l’INESSS met en lumière les éléments suivants :

  • Les conditions d’immunosuppression qui sont les plus clairement reconnues comme étant à risque élevé de complications liées à la COVID-19, en l’absence de vaccination ou d’antécédent d’infection au SARS-CoV-2, sont les suivantes :
    • 1. Personne sous chimiothérapie/radiothérapie active pour un cancer hématologique ou une tumeur solide.
    • 2. Personne greffée du foie selon l’une des conditions suivantes :
      • la greffe a eu lieu il y a moins d’un an;
      • il y a eu un traitement de rejet dans les 6 derniers mois;
      • le régime d’immunosuppresseurs a été augmenté dans les 6 derniers mois;
      • le traitement associe deux immunosuppresseurs ou plus.
    • 3. Personne greffée du cœur, du poumon, du pancréas, de l’intestin, de l’intestin-foie, de l’intestin-pancréas et autres greffes multiviscérales.
    • 4. 
      • a) Personne adulte greffée du rein.
      • b) Enfant greffé du rein selon l’une des conditions suivantes :
        • la greffe a eu lieu il y a moins de 6 mois;
        • il y a eu un traitement de rejet dans les 6 derniers mois;
        • le régime d’immunosuppresseurs a été augmenté de façon significative dans les 6 derniers mois, selon le jugement clinique du médecin traitant en transplantation.
    • 5. Personne greffée de cellules souches hématopoïétiques (greffe de moelle osseuse, cordon…) selon l’une des conditions suivantes :
      • selon le type de greffe et l’évaluation de la reconstitution immunitaire par le médecin greffeur.
      • pendant le traitement immunosuppresseur;
      • en présence d’une réaction du greffon contre l’hôte (GVHD) active.
    • 6. Personne qui présente une immunodéficience primaire.
    • 7. Personnes avec le VIH dont le nombre de cellules CD4 est inférieur à 200/mm3, ou qui présentent un VIH non contrôlé (charge virale détectable) ou des manifestations cliniques d’un SIDA symptomatique.
    • 8. Personne qui reçoit de hautes doses de corticostéroïdes, en présence de toutes les conditions suivantes :
      • le traitement est administré par voie systémique (orale ou intraveineuse);
      • le traitement est administré pour une période de 2 semaines ou plus;
      • la dose quotidienne est plus élevée que 20 mg de prednisone (ou son équivalent) chez l’adulte ou 0,3 mg/kg chez l’enfant.
    • 9. Personne qui reçoit un traitement immunosuppresseur de forte intensité déterminé par le médecin prescripteur, particulièrement en association avec une comorbidité significative (p. ex. diabète, obésité) ou avec un traitement concomitant quotidien de prednisone (ou son équivalent) à une dose d’au moins 5 mg.
  • Selon les données les plus récentes, malgré l’hétérogénéité des résultats et des populations à l’étude, les experts consultés sont d’avis, que le niveau de risques varie en fonction des traitements que reçoivent certaines personnes :
    • devraient être considérées comme étant à risque plus élevé de complications liées à la COVID-19  (confiance modérée) les personnes recevant des/de la:
      • anticorps contre le CD20 (rituximab, ocrelizumab) dans les 12 derniers mois
      • MMF / Acide mycophénolique
      • Thiopurines
    • pourraient être considérées comme étant à risque plus élevé de complications liées à la COVID-19  (confiance faible/incertitude des données) les personnes recevant des/de la:
      • inhibiteurs de la Janus kinase (JAK)
      • méthotrexate
      • anti-calcineurine
    • ne semblent généralement pas présenter un risque plus élevé de complications liées à la COVID-19 lorsqu’utilisés en monothérapie (confiance modérée) les personnes recevant des:
      • anti-TNF
      • anti-IL6
      • anti-IL17
  • Il faut noter que d’autres conditions potentielles d’immunosuppression (ou molécules immunosuppressives) ont été discutées, mais n’ont pas été retenues parmi la liste principale ci-dessus par manque de données. Ces conditions devraient être évaluées individuellement et les mesures nécessaires devraient être établies lors d’une consultation entre la personne traitée et son médecin prescripteur.
  • Il faut également noter que la présence d’un antécédent d’infection au SARS-CoV-2 ainsi que la vaccination pourraient diminuer significativement le risque de complications liées à la COVID-19 chez les groupes de personnes identifiés ci-dessus. Bien que certaines données préliminaires semblent suggérer qu’un certain pourcentage de ces personnes pourrait présenter une réponse immunitaire plus faible après 2 doses de vaccins, les données sont encore fragmentaires et insuffisantes pour les intégrer à l’évaluation du risque de complications liées à la COVID.
  • Par ailleurs, aucun des tests sérologiques actuellement disponibles ne permet d’apprécier le niveau réel de protection immunitaire de chaque individu. Cela dit, les experts consultés soulignent que les vaccins sont sécuritaires chez les personnes immunosupprimées et que le ratio risque/bénéfice du vaccin leur est nettement favorable.
  • Bien qu’aucune donnée ne permette de conclure, en dehors d’un contexte d’immunisation partielle ou complète de la population, que les personnes immunosupprimées sont plus à risque de contracter l’infection à la COVID-19, les experts soulignent que celles-ci sont, en temps normal, généralement plus vulnérables aux infections bactériennes ou virales.
  • Selon les experts consultés, les personnes immunosupprimées présentant un risque élevé de développer des complications dans le cadre d’une infection à la COVID-19 devraient bénéficier d’une évaluation précoce et d’un suivi plus étroit en présence de symptômes compatibles avec la COVID-19.
  • Les traitements immunosuppresseurs en cours ne devraient pas être interrompus en prévention d’une infection à la COVID-19.
  • En présence d’une infection active à la COVID-19, l’interruption ou le report du traitement avec un médicament biologique pourrait être envisagé, sur consultation avec le médecin traitant. Si le traitement a été modifié ou interrompu, il devra être repris lorsque la personne se sera remise de l’infection.

Initiation ou reprise des traitements oncologiques chez les patients infectés à la COVID-19 (6 avril 2022)